Critical World
Thinking Globalization Through Popular Culture
La marchandisation de la culture
Categories: ANT2050, Keywords

The Pinky Show: “Let’s Learn Something Together”

 


Les marchandises culturelles sont comme les autres marchandises:

  • ils sont à vendre et la source de leur valeur est cachée,
  • écart entre le coût de la production et la valeur sur le marché,
  • mystère de valeur de surplus

Mais elles sont différentes parce qu’elles manifestent l’identité culturelle

C’est pour ça qu’il s’agit d’un sujet aussi sensible

Dans les écrits d’un groupe de chercheurs critiques allemands, fuyant le régime Nazi,

  • nous allons voir les premières critiques de la culture de masse,
  • ils vont jusqu’aux États-Unis pour observer et commenter l’émergence de cette culture de classe
  • mais ils ne sont pas toujours d’accord entre eux sur ce qu’ils voient…

 

http://www.openculture.com/2012/06/the_karl_marx_credit_-_when_youre_short_of_kapital.html

 

L’école Francfort va articuler une approche critique de la société connue sous l’étiquette de “théorie critique”

Distinction entre théorie “traditionnelle” et théorie “critique”, où la théorie critique visait une transformation sociale à travers l’analyse du pouvoir, y compris le rapport entre le pouvoir et le savoir:

In his well-known programmatic article of 1937, Horkheimer established a distinction between two different concepts of “theory.” The first refers to a set of propositions whose legitimacy lies in their correspondence to an object already formed prior to the act of its representation. This radical separation between the subject and the object of cognition turns theory into an act of pure thought and the theoretician into an unbiased spectator who limits himself to describing the world “as it is.” This notion of theory, which considers the object under examination as a set of facts and the subject as a passive element in the act of cognition, is identified by Horkheimer as “traditional.” In contrast to this notion, he distinguishes a second one, which he calls “critical theory.” Unlike traditional theory, Critical Theory assumes that both science and the reality it studies are a product of social praxis, which means that the subject and the object of cognition are socially preformed. The object is not just there in front of us, waiting to be apprehended, nor is the subject a simple recorder of reality. Both subject and object are the result of very complex social processes, and therefore the main task of Critical Theory is to reflect upon the structures from which social reality and the theories that seek to explain it, including, of course, Critical Theory itself, are constructed.

(González, Moskowitz, Castro-Gómez, Traditional vs. Critical Cultural Theory, Cultural Critique, vol. 49, 2001)

Au fond il s’agissait d’une critique de l’idéologie

  • À travers ce qu’ils appellent la critique immanente (un concept de Hegel)
  • prendre le discours sur ses propres termes
  • analyse des contradictions entre discours et pratique

Avec l’idée de dévoiler les “forces cachées” dans l’idéologie dominante de la société (l’exemple de La matrice)

 

L’idéologie

Deux utilisations du terme :

Utilisation non-évaluative qui décrit une vision compréhensive de la réalité ou de la société

Par exemple en archéologie c’est utilisé en générale de façon non-évaluative (pour dire système de pensée)
Utilisation critique : 

  • vient principalement du marxisme, parce que la classe dominante contrôle les modes de production ils contrôlent aussi l’idéologie
  • idéologie comme instrument de la reproduction sociale qui a l’objectif de renforcer la position du groupe dominant
  • perçu comme naturel, « we have always done it this way », Gramsci :  quand les intérêts des classes dominantes deviennent naturalisés comme des normes non-problématiques, l’idéologie devient hégémonique,
  • hégémonie c’est la domination sans rapport de forces (contrôle externe vs interne), quand les groupes subordonnés internalisent leur subordination comme étant un aspect de la normalité.

 

Back to Pinky:

 

La critique de l’industrie culturelle

A quelque part il avait raison d’avoir identifié les industries de la culture

Aujourd’hui le terme est moins connoté…

  • « industrie culturelle » devient « industries culturelles »
  • La contribution principale de l’École francfort c’est d’avoir mis lumière sur l’instrumentalisation ou l’objectification de la culture
  • Mais à l’intérieur de l’école il y a une diversité d’interprétations du phénomène
  • Quels sont les aspects ou les mécanismes identifiés par Horkheimer et Adorno?

 

Répétition et standardisation

  • La culture populaire représente une sorte de pseudo-culture
  • Tout se ressemble : il n’y a pas de différence en Chrysler et GM
  • Les différences n’ont pas de sens, fausse individuation, donner l’impression d’être unique
  • Clichés dans les narratifs, formules : aujourd’hui les comédies romantiques

Standardisation des formes esthétiques

Abrutissement : « Every visit to the cinéma, leaves me, against all my vigilance, stupider worse »


Loisir et distraction

Le divertissement dans le système capitaliste fonctionne comme la prolongation du travail.  Il est recherché comme fuite du travail mécanisé et pour régénérer la force et la motivation pour retourner au travail.

  • Concentration requise pour engager un oeuvre d’art
  • Distraction c’est l’art qui devient tapisserie ou trame sonore pour autre chose
  • Phénomène de la muzak, musique de centre d’achat ou ascenseur


Aliénation et fausse conscience

  • Aliéné économiquement parce que l’ouvrier n’arrive plus à subvenir à ces besoins
  • Aliéné du produit de notre travail


Fausse conscience :

  • Tout est prédigéré pour le consommateur, qui n’a plus besoin de penser
  • Subjugation de l’individu : l’industrie produit des hommes, p.136
  • Fausse liberté 159, fausse individualité 163


L’approche d’Adorno, surtout par rapport à la culture populaire sera beaucoup critiquée 
:

  • Le modèle de fausse conscience ne laisse pas de place pour la créativité des individus
  • Il n’avait pas des critères de choix systématiques ou neutres (Goodman vs. Ellington)
  • Il utilisait la culture populaire pour prouver sa théorie, pas pour comprendre la société

 

La position d’Adorno sur la culture populaire est considérablement plus complexe…chercheur en exil

 

La théorie critique en exil

En exile de l’Allemagne Nazi, Adorno a été à la fois fasciné et dégoûté par la culture démocratique et capitaliste américaine.  Il arrive à New Jersey en 1938

Son implication dans un projet de recherche sur la radio à la fin des années 30

Une série d’articles sur une émission sur l’appréciation de la musique classique

NBC Music Appreciation Hour


Critique de la « bonne musique » : les gens n’ont pas besoin de la « bonne musique », ils ont besoin de la musique qui les aide à comprendre leur époque”

Il avait fait des recommandations des « pratiques d’écoute alternatives », une sorte de pédagogie pour l’écoute de la radio

Suite à des conflits avec le sociologue américain Karl Lazerfeld (autour des approches quantitatives et l’analyse de l’opinion publique) Adorno part pour Los Angeles en 1941

Essaie de lancer un projet de film :  Below the Surface (au sujet de la discrimination)

The film was intended as an integral part of the Frankfurt Institute’s Studies in Prejudice and was to serve as an experiment to test for unacknowledged anti-Semitic prejudices, based on the assumption that the modern subject–incapable of introspection–will only reveal his or her true beliefs and desires through the detour of technological mediation.

Mead is on one of the committees to give suggestions to improve, meetings with Mayer of MGM, Elia Kazan, effort to find the right writer, then it gets picked up by producers already aware of their project, and turns into a series of films that win academy awards :

Prix Oscar pour le film “Gentleman’s Agreement” (1947) sur l’antisemitisme

(du livre de Witkin Adorno on Popular Culture, see Google books)

 

Débats entre Adorno et Benjamin

Adorno voyait la culture de masse comme forme de manipulation et standardisation, même s’il voulait la réformer ou l’utiliser pour une pédagogie critique.

Benjamin par contre voyait la possibilité de démocratiser l’art et créer des nouvelles formes de communauté et d’appartenance.  Ils avaient tous les deux raison comme nous allons voir

http://fromadornotobenjamin.tumblr.com/


Benjamin et la reproduction mécanique:

  • Les objets d’art sont uniques, produits à la main, ils ont un “aura”
  • Dans l’ère de la reproduction mécanique, l’aura est perdue, ceci veut dire deux choses:
    • L’original a plus de valeur, il n’y a pas de différence entre les copies
    • La valeur des objets change, pas leur unicité mais l’étendu de leur distribution
  • L’art n’est plus lié au rituel (traditionnel ou moderne), il se démocratise

 

“For the first time in world history, mechanical reproduction emancipates the work of art from its parasitical dependence on ritual. To an even greater degree the work of art reproduced becomes the work of art designed for reproducibility. From a photographic negative, for example, one can make any number of prints; to ask for the ‘authentic’ print makes no sense. But the instant the criterion of authenticity ceases to be applicable to artistic production, the total function of art is reversed. Instead of being based on ritual, it begins to be based on another practice — politics.”

On va prendre un exemple concret, le cinéma.  Benjamin voulait voir le cinéma comme une façon d’éviter l’agressivité et la violence des masses, une sorte de vaccination:

 “…possibility of psychic inoculation by means of certain films in which a forced articulation of sadistic fantasies or masochistic delusions can prevent their natural and dangerous ripening in the masses.  The collective laughter signifies a premature and therapeutic eruption of such mass psychoses”. Hansen 32

Mais Adorno trouvait cette proposition problématique:

“The laughter of the cinema audience is…anything but good and revolutionary:  instead it is full of the worst kind of bourgeois sadism.”  Hansen 32

Selon Adorno, le rire empêche le spectateur de pouvoir se voir comme l’objet de mutilation ou comme victime

Il ira même jusqu’à dire que les bandes dessinées constituent une forme de masochisme

Insofar as cartoons do any more than accustom the senses to the new tempo, they hammer into every brain the old lesson that continuous friction, the breaking down of all individual resistance, is the condition of life in this society. Donald Duck in the cartoons and the unfortunate in real life get their thrashing so that the audience can learn to take their own punishment.

 

Donald Duck rejoint l’effort de guerre…”Donald Gets Drafted” (Walt Disney, 1942)

 

Donald Duck et l’importance de payer les impôts:  “The New Spirit” (Walt Disney, 1942)

 

Benjamin le voit comme catharsis, Adorno comme extension de facisme

Peut-être que Adorno est Donald Duck et Benjamin Mickey Mouse…


Benjamin et Mickey Mouse

« In these films, mankind makes preparations to survive civilization. Mickey Mouse proves that a creature can still survive even when it has thrown off all resemblance to a human being. He disrupts the entire hierarchy of creatures that is supposed to culminate in mankind. These films disavow experience more radically than ever before. In such a world, it is not worthwhile to have experience. Similarity to folk tales. Not since fairy tales have the most important and most vital events been evoked more unsymbolically and more unatmospherically. All Mickey Mouse films are founded on the motif of leaving home in order to learn what fear is. So the explanation for the huge popularity of these films is not mechanization, their form; nor is it a misunderstanding. It is simply the fact that the public recognizes its own life in them. »

( “Mickey Mouse,” Fragment by Walter Benjamin, 1931. from a conversation with Gustav Gluck and Kurt Weill)  http://marklow.blogspot.com/2005/08/mickey-mouse-fragment-by-walter.html

 

“Brave Little Tailor” (1938):

 

Mickey comme underdog, beats the giant and gets the girl, but at some level, the source of danger is always outside of society, and Mickey stumbles into the American dream, social mobility into royalty through chance…

 

 

Références:

http://www.ejumpcut.org/archive/onlinessays/JC20folder/AdornoMassCult.html

Hansen, Miriam. “Of Mice and Ducks: Benjamin and Adorno on Disney.” South Atlantic Quarterly 92 (1993): 27-61

Cultural marxism:  http://en.wikipedia.org/wiki/Cultural_Marxism

1 Comment to “La marchandisation de la culture”

  1. Adélaïde says:

    belles photos, j’enregistre :)

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