Critical World
Thinking Globalization Through Popular Culture
Le monde du spectateur
Categories: ANT2050, Keywords

Selon Mikhail Bakthin, la signification se trouve dans les interactions entre celui qui parle et celui qui écoute et non pas dans les systèmes abstraits des formes linguistiques ni dans les esprits des êtres humains.

“Each and every word expresses the « one » in relation to the «other », I give myself verbal shape from another’s point of view, ultimately form the point of view of the community to which I belong.  A word is a bridge thrown between myself and another.  If one end of the bridge depends on me then the other depends on my addressee.  A word is territory shared by both addresser and adresssee by the speaker and his interlocutor.” (p. 86)

Volosinov (Bakhtin), Marxism and the Philosophy of Language (1929)


C’est cette notion de “réponsivité”(addressivity) qui devrait informer l’analyse de la réception de la culture populaire…

 

Sources d’inspiration pour l’étude de la réception

La notion de « réception » nous arrive par plusieurs voies, toutes assez récentes

Théories littéraires

Hans-Robert Jauss et Wolfgang Iser (École de Constance)

  • Allemagne à la fin des années 1960
  • La notion de « reader-response »
  • Critique de l’accent traditionnel mis sur l’auteur ou le producteur

Les lecteurs ne sont pas passifs, la signification se crée entre texte et lecteur, qui a ses propres expériences et bagages culturels

Jauss sur l’idée du “horizon d’attentes” (Erwartungshorizont)

 

 

Théories sémiotiques

Souvent associé avec l’écrivain et sémiologue français Roland Barthes, qui commence avec l’analyse symbolique de la société occidentale en essayant de démystifier l’idéologie du langage.

Mais après il va vivre une déception par rapport à la capacité de l’auteur à vraiment avoir un impact sur le public, donc il s’éloigne de la démarche structuraliste, même allant jusqu’à publier un texte qui s’intitule « La mort de l’auteur »

Il va s’intéresser de plus en plus à la réception des textes par le lecteur.

 

File:Mythologies trans Annette Lavers.jpg

http://fr.wikipedia.org/wiki/Mythologies

Pour Barthes la lecture n’est pas uniquement avec des textes mais avec des images.

En plus il ne s’agit pas d’un acte passif ou parasitique, mais constitue une forme de travail, même si ce travail n’est pas toujours conscient (“jouissance” ou perte de soi dans la lecture du texte)

L’écrivain et sémioticien Umberto Eco (1965) utilise le terme « décodage aberrante » pour décrire un décodage qui utilise des codes différents que ceux voulus par l’auteur.

Texte « fermé » vs. texte « ouvert » (Eco 1981)

 

Cultural Studies

Le sociologue Stuart Hall et les « moments » du codage et du décodage :           

  • le moment du codage: ‘the institutional practices and organizational conditions and practices of production’ (Corner 1983, 266);
  • le moment du texte: ‘the… symbolic construction, arrangement and perhaps performance… The form and content of what is published or broadcast’ (ibid., 267);
  • le moment du décodage: ‘the moment of reception [or] consumption… by… the reader/hearer/viewer’ which is regarded by most theorists as ‘closer to a form of “construction”‘ than to ‘the passivity… suggested by the term “reception”‘ (ibid.).

 

Un exemple des premières études de la réception en “cultural studies”
Janice Radway, Reading the Romance (1984)

Radway emphasizes the idea of a happy, satisfying ending as well as the struggle of the heroine, who often, if not always, lives in a state of weakness in a patriarchal society. While this might seem demeaning to women, Radway explains that “By picturing the heroine in relative positions of weakness, romances are not necessarily endorsing her situation, but examining an all-too-common state of affairs in order to display possible strategies for coping with it,”[4] The love story of a romance novel does not constitute the entirety of the novel. Instead the heroine’s journey from losing her social identity to gaining her identity through her ability to nurture the hero is the real focus of the successful romance novel.

http://en.wikipedia.org/wiki/Reading_the_Romance

Bitter Masquerade (Harlequin Romance, 1438)

 

L’anthropologie des médias
Beaucoup de recherche sur la réception se fait dans le domaine de l’anthropologie des médias :

Lila Abu-Lughod sur l’ethnographie de la télévision:

“Tempered by ethnography and broad sympathy in al-‘Assal’s case, this general attitude of knowing what is good for “society” (seen as an object to be manipulated by one’s expertise) underlies the work of many of the writers of television serials, just as it shapes the myriad projects of reform, from schooling to public health plans, in which villagers find themselves involved. In places like Egypt and India, television is the main instrument for the transmission of both expertise and these public narratives of the state and the urban middle classes.(31)”

 

 

Dorothea Schulz sur la réception des téléromans au Mali

À travers ces médias, les gens se mettent à parler de la société et de la culture, un extrait du texte de Schulz :

Chana est une de ces femmes qui cherchent à contrôler leur mari. Regardez comment elle traite son père! Elle ne connait pas la honte! C’est tout le temps comme ça ! De nos jours, en ville, les femmes pensent qu’elles peuvent faire tout ce qui leur plait et qu’elles peuvent se débrouiller sans un homme. Mais, cela ne leur apporte que du malheur. Et, quand elles seront vieilles, elles seront seules. Après tout, qui s’occupera de Chana si elle n’a pas d’enfant pour lui venir en aide dans sa vieillesse.


Hé, hé, non, vous êtes trop dure avec elle, objecte Oumou, une amie venue lui rendre visite. C’est seulement parce que Chana ne peut pas oublier son vrai amour. Qu’y a t-il de mal à ça ? Regardez la! Elle est belle, elle a de l’argent, il y a beaucoup d’hommes qui lui courent après. Mais elle, elle pense à un seul homme. Est-ce que cela ne nous arrive pas souvent ? On ne peut rien faire contre ses sentiments et pour certaines, quand elles sont vraiment amoureuses, c’est comme ça qu’elles sont. Elles ne peuvent agir différemment. Une femme peut être mariée à un homme, mais dans son cœur, elle restera pour toujours attachée à l’homme qu’elle a aimé dans sa jeunesse et qu’elle n’a pu épouser parce que ses parents avaient déjà choisi quelqu’un d’autre.

(2006a. Mélodrames, desires et discussions. Mass-media et subjectivités dans le Mali urbain contemporain. In: Jean-François Werner (ed.): Médias visuels et femmes en Afrique de l’Ouest, pp. 109-144. Paris: l’Harmattan)

Approches méthodologiques:

 

L’analyse des symboles clés (selon Sherry Ortner):


5 façons d’identifier les symboles clés

 

  • The native tells us that X is culturally important
  • The native seems positively or negatively aroused by X, rather than indifferent
  • X comes up in many different contexts (situations and symbolic domains)
  • There is a greater cultural elaboration surrounding X
  • There are greater cultural restrictions surrounding X

 

Analyse de discours

Plusieurs éléments pour faire l’analyse du discours d’un produit culturel.

  • Mots clés
  • Symboles
  • Métaphores
  • Allégories
  • Jugements de valeur

 

Ethnographie de la réception

L’analyse ethnographique des produits culturels est à la fois un objet et une démarche…

Musique populaire et société à Kinshasa: Une ethnographie de l’écoute

Le projet de recherche Ethnographie de l’écoute s’est divisé en trois étapes: questionnaires individuels, entrevues de groupe et analyse de données.

Moments clés et obstacles

La représentativité

L’intérêt pour le point de vue d’expert

                        La participation des femmes

L’administration d’un sondage

Travailler à distance

 

Extrait du texte de Yoka et White sur l’utilisation des « supports » … :

J’avais un élément principal qui me motivait dans l’organisation des focus ici à Montréal :  les supports.  Par supports je veux dire supports textuels (les textes de chanson en forme de recueil avec un formatage qui permettait l’impression et la photocopie d’au moins 4 ou 5 copies du recueil, puisque les gens peuvent partager), supports audio (la collection fantastique des moyennes de moyennes compilées par notre cher ami Bukasa ici à Montréal, ami d’enfance de Manda Tchebwa, que j’avais envoyés en format MP3 à Kinshasa par DHL), et dans certains cas supports vidéos (l’utilisation des clips vidéos par exemple).

Pourquoi ces supports ?  Non seulement pour mettre l’ambiance [dans l’entrevue] mais aussi parce que mon expérience démontre que les gens se sentent plus à l’aise pour parler si leur regard est déplacé ou filtré par un objet tierce.  Je vous donne un exemple :  il est plus facile de commencer à parler de l’inégalité sociale si on commence avec le texte « Feux de l’amour ».

La présence de ces supports permettent les gens de s’exprimer en prenant un perspectif moins personnel et plus social.  Doudou et Serge ont tous les deux ont commenté sur l’efficacité d’avoir ce genre d’outils pour canaliser l’attention des participants et c’est un élément qui me tient à cœur pour avoir des bons résultats.

Malgré la nature délibérée de ces explications, la présence des « supports » dans les entrevues de groupe à Kinshasa a posé des problèmes à plusieurs niveaux.  D’abord, et principalement, l’utilisation des supports a été imposée de l’extérieur, le résultat d’une décision unilatérale de l’équipe de Montréal, sans un véritable processus de consultation et sans démonstration de leur efficacité.  Deuxième, certaines techniques de recherche (surtout les exercices avec les textes de chanson et l’exercice de dessiner l’histoire de la scène musicale) créaient des malaises pendant les entrevues, probablement parce qu’il s’agit des techniques peu connues au Congo (communication personnelle, Diyongo).

 

 

1 Comment to “Le monde du spectateur”

  1. Angèle says:

    c’est intéressant tout ça, merci :)

Leave a Reply